Serge Vieillard
M@s

Une petite présentation ?

Je chausse du 43.

Qu’est-ce qui t’a donné envie de te lancer dans l’astrodessin ?

Dès mes premières observations instrumentales avec un T115, j’ai été surpris d’en voir autant sur les objets du ciel profond et planétaires, comme ce fut le cas avec l’immense surprise de découvrir l’anneau de la Lyre ou la stupéfiante perception de la géographie martienne. Et de là, de garder une trace, un témoignage de cette « découverte » étonnante comme suggéraient de le faire quelques rares chapitres en fin d’ouvrages dédiés à la pratique astro. Et puis très vite, il y a eu un réel plaisir à se lancer à corps perdu dans cette discipline tombée en désuétude, excluant définitivement l’acquisition photo, trop contraignante à mes yeux en termes de matériel, de coût, de course effrénée aux nouveautés techniques. Le sentiment de jouer en amateur l’astronomie des anciens. Et l’expérience venant, de se rendre compte que le visuel retranscrit par une évocation personnelle en dessin offrait un potentiel inouï, infini. Cela en variant les sujets, mais aussi avec cette quête jubilatoire de pousser les trois paramètres de l’observation au maximum de ce qui m’était possible, à savoir le triptyque ciel-instrument-observateur. Que d’aventures vécues pour aller jouir des plus beaux ciels de la planète ! Quel plaisir que d’avoir l’opportunité d’observer dans des instruments d’exception et d’apprendre à les utiliser au mieux ! Et quel étonnement de constater combien le dessin bonifie l’observation, oblige à « mieux voir », ou plus précisément à voir autrement ces faibles lumières et ces contrastes ténus.

Comment dessines-tu ? (outils, supports, télescope, oculaires…)

Mes outils de dessins ne me quittent pas : un porte document à pince qui me sert de planche et de rangement des feuilles de papier, du papier blanc lisse 200gr/m², quelques crayons graphite du HB au 6B, deux estompes (une petite dure et une grosse), taille crayon et papier de verre pour les estompes, une gomme et surtout une lampe à col de cygne dont la luminosité est réglable. Deux crayons de couleur pour les nébuleuses : un violet et un vert, qui par passage en négatif donneront respectivement le vert et le rouge. J’ai une autre trousse dédiée au planétaire avec toute une gamme de crayons de couleur et de camaïeux de gris.

Les instruments utilisés sont multiples et vont de l’œil nu au plus gros télescope dont j’ai eu le privilège d’accéder, celui de 120cm de l’OHP. On peut citer la progression amateur instrumentale dès lors que j’ai intégré mon club MAGNITUDE78 et son C8, puis de constater la différence qu’apporte le C10 d’un copain, puis de saisir l’opportunité rare à l’époque de se doter d’un 400 importé des USA. Il y eut nos premières RAP avec l’émotion de mettre l’œil dans les premiers 600 et cette sorte de Graal que de monter au col de Restefond et rencontrer des « piliers » du renouveau instrumental amateur, de bénéficier de leur expertise et d’apprendre à leurs côtés. Il y eu l’apothéose de l’inauguration du T1000 de David sur cet instrument hors norme et totalement maitrisé, offrant des visions hors du commun, inimaginables.

Nous avons imaginé au club de concevoir et réaliser nos propres instruments, répondant au besoin d’aller observer sous des ciels ultimes, et donc de se doter d’instruments compacts, légers et robustes sans pour autant que ce soit au détriment des performances. De cela est née l’aventure des Strock 250 dont on ne compte plus le nombre d’exemplaires réalisés, inspirés par ce concept novateur. Ce fut l’occasion de s’initier au polissage des miroirs. Forts de ces acquis, d’autres instruments basés sur le même concept ont été réalisés avec succès, comme le T600 du club M78 ou son cousin des antipodes réalisé lors de mon séjour en Nouvelle Calédonie avec le club ACA. Pour ma part, j’ai poli le miroir et conçu mon T400 de voyage, qui pèse 15kg. Ensemble, nous avons écumé les plus beaux ciels de la planète, rare privilège et plaisir aigu.

N’oublions pas le solaire avec son instrumentation spécifique en H alpha ou au coronographe, nombreux sont les copains qui m’invitent à partager leur instruments sophistiqués avec eux, le plus remarquable étant le réflecto-réfracteur de 43,5cm de Serge Deconihout.

Quels sont tes plus beaux souvenirs ou tes dessins préférés ?

Ils sont innombrables et j’aurai bien du mal à les classifier ! Pêle-mêle :

  • Assurément l’observation au sommet du Mona-Kea à 4200m d’altitude avec mon T400, le sentiment d’une observation exceptionnelle et rare sous un ciel de folie.
  • Toutes ces aventures dans les déserts préservés, l’Atacama bien sûr, mais aussi le Sahara avec les touaregs, la Namibie et sa faune nocturne, le bush Australien, la quiétude absolue du Pacifique Sud et ces nuits entières en Nouvelle-Calédonie ou plus simplement sur un petit ponton du lagon de Fakarava à contempler et dessiner la Voie Lactée. Plus proche et très gratifiant, nos belles virées à La Palma ou encore plus proches, celle de Saint Véran ou Restefond.
  • Les opportunités de pouvoir observer dans des prestigieux instruments historiques comme la lunette de Lille, d’Arago à Paris, le télescope de l’OHP.
  • Toutes les observations au T1000 de David sont hors du commun.
  • J’ai une attention toute particulière pour l’observation et le dessin des éclipses totales de Soleil, discipline des plus remarquables qui demande de la préparation. C’est toujours l’occasion de périples aventureux mémorables et d’émotion les plus aigues devant l’un des plus puissants spectacles que nous offre la nature. J’ai le bonheur d’en avoir vécues 10 à mon actif, et attends les suivantes à venir avec jubilation !

Quel est l’objet le plus compliqué que tu aies eu à dessiner ? Et lequel aimerais-tu faire ou refaire ?

Les difficultés rencontrées pour la réalisation d’un dessin sont multiples. Il y a donc bien des configurations diverses :

  • L’observation d’un vaste objet complexe demandant des conditions exceptionnelles qui ne sont que trop rarement présentes. Comme exemple, je citerais la Rosette, dont on peut juger du formidable potentiel, mais elle est si diaphane et ténue que des conditions ultimes s’imposent. J’ai de nombreuses tentatives de dessin, mais jamais suffisamment satisfaisantes pour les finaliser. Il m’aura fallu attendre plusieurs années pour réunir les conditions optimales et y consacrer deux nuits entières au T460 dans les montagnes. Très rude besogne !
  • À l’opposé, il y a les objets pourtant simples, mais tellement fantomatiques qu’il faut y revenir encore et encore en passant de longues heures à l’oculaire pour tenter une détection fugace. Le catalogue Abell procure de tels challenges.
  • Le dessin planétaire est difficile car il demande beaucoup de précision. C’est le cas de la Lune en haute résolution, avec ses infinis détails et ses dégradés de gris tout en subtilité, la bonne gestion des ombres et des lumières. Vénus est très peu contrastée et il est bien délicat de percevoir les traînées nuageuses. Mars, Jupiter regorgent de détails qu’il faut retranscrire du mieux possible dans un temps restreint du fait de leur rotation rapide.
  • Les dessins d’éclipses totales de Soleil sont un sujet à part entière tant le phénomène est rapide, complexe, d’aspect imprévisible et dont il faut dompter l’émotion qui nous submerge en ces instants comptés. Pour ce faire, je m’exerce au préalable dans les temps impartis à partir d’images évocatrices. Il y a un grand travail d’esquisse rapide et de mémorisation, puis de retranscription sur le papier.
  • Quant aux dessins les plus complexes, j’en ai principalement deux qui sont tous des compositages réalisés sur plusieurs nuits, plusieurs années d’affilées et qui représentent pour chacun des dizaines d’heures cumulées sur le sujet. Il s’agit de la Nébuleuse d’Orion où des formats A3 ont été utilisés, et celui de la Voie Lactée dans son intégralité, observée à l’œil nu ou parfois aux jumelles, étalée sur 3 ans, observée du tropique du Capricorne à celui du Cancer. Le dessin se déroule sur 4 formats A3 mis bout à bout, soit 168cm de longueur totale.

As-tu un conseil à donner à quelqu’un qui veut commencer à dessiner ?

Déjà, de prendre du plaisir !!!! De ne pas être dans la besogne, dans le rude. Il faut ressentir l’irrésistible envie de prendre les crayons, ce n’est pas une nécessité ni une obligation.

D’avoir pleinement conscience que le principal intérêt du dessin est de bonifier l’observation, le dessin ne devenant que l’outil pour y parvenir. De cela, il n’y a aucune obligation de résultat, peu importe qu’on le juge réussi ou pas, mais tant mieux s’il apporte satisfaction.

C’est la meilleure archive de ses observations visuelles, quelle que soit la qualité finale du dessin, ou croquis, voire de la simple esquisse.

De cela, j’ai le sentiment profond que je n’ai pas observé avec application si je ne dessine pas.

Peux-tu m’envoyer un dessin que tu souhaiterais partager et/ou un lien vers un blog ou un site ?

http://www.astrosurf.com/magnitude78/serge/index.html

M51 OHP 2009

M51 T1000 2011

M51 Hawaii 2012

Le planisphère martien de 2020.

Carte de Mars 2020 - Légende

Carte de Mars 2020


Serge Vieillard